Exposition Chaumet – Joséphine Napoléon, une histoire (extra)ordinaire

By | 25 juin 2021

L’année 2021 marque le bicentenaire de la mort de l’Empereur Napoléon 1er. Parmi toutes les expositions organisées pour commémorer cette période de l’histoire de France et rendre hommage à l’homme au destin hors du commun, celle de Chaumet a particulièrement retenu notre attention car nous partageons le même domaine d’activité.

La célèbre marque française de joaillerie se devait de souligner l’année 2021 puisque son fondateur, Marie-Etienne Nitot, était le joaillier officiel de Napoléon Bonaparte et de Joséphine de Beauharnais. Intitulée Joséphine Napoléon, une histoire (extra)ordinaire, cette exposition très confidentielle a lieu au 12 de la place Vendôme, dans les salons privés de la marque. Jusqu’au 18 juillet 2021, il est donc possible de découvrir le destin lié de ce couple et des joailliers Nitot, père et fils.

Immeuble Chaumet au 12 place Vendôme
Salon Chaumet avec la corbeille de mariage de Joséphine en premier plan

Dans cet article, nous n’allons pas retracer l’ensemble de l’exposition ce qui serait moins brillant que la réalité et sans doute incomplet. A l’inverse, nous allons mettre en avant trois points qui ont retenu notre attention.


En premier lieu, revenons sur l’histoire de Marie-Etienne Nitot. Sous l’Ancien Régime, il collabore avec le joaillier de Marie-Antoinette. Sous la Révolution et notamment pendant les années de la Terreur, les artisans ayant fréquenté de près la cour de Versailles sont également menacés. On peut alors souligner le courage du joaillier qui a pris la plume pour défendre sa profession : « Je pense que cette branche de commerce toute frivole qu’elle peut paraître, sera toujours très intéressante pour la République ; par rapport au degré de perfection et de goût avec lesquels les Français l’ont toujours été ; je suis persuadé qu’avec quelques encouragements, nous parviendrons bientôt à faire rentrer dans la République les sommes immenses qui en sont sorties. […] Si on encourageait cette partie du commerce et des arts en formant des élèves, la République en tirerait un double avantage, celui de conserver les richesses et celui de procurer du travail à ses enfants… »

Mémoire sur les raisons qui doivent déterminer la Nation à rassembler et conserver les diamants, perles et pierres rares ou précieuses qui se trouvent en son domaine, 5 frimaire an II, Nitot. Archives Nationales


Il fonde alors sa maison, qui ne portera le nom de Chaumet qu’à la fin du 19ème siècle en reprenant le nom de son chef d’atelier Joseph Chaumet. Sous l’Empire, Marie Etienne Nitot réalise plusieurs travaux pour Napoléon Bonaparte. Avec son fils, François-Régnault Nitot, également joaillier, il sertit notamment le plus gros diamant de France, le Régent (136 carat) sur l’épée de sacre de Napoléon en 1804. Il est aussi l’artisan de la tiare offerte par Napoléon au pape Pie VII. François-Régnault ira la porter lui-même en Italie faisant de son voyage une magnifique promotion pour son art.

Portrait présumé de François-Regnault Nitot, fils du fondateur de la Maison Chaumet.
Louis-Léopold Boilly, huile sur toile, Collection privée

L’année d’après, il devient le joaillier attitré de l’impératrice Joséphine qui est séduite par ses créations. Très coquette, celle-ci fait la mode du moment et ne cesse de passer commande. « Ses collections sont tellement étoffées qu’elle peut, à son gré, choisir le vert laiteux de l’opale, le rose de la tourmaline, le blanc des coquillages, le bleu profond du lapis ou celui des turquoises. » Elle accorde ses tenues au décor de la pièce dans laquelle elle reçoit ses invités.

Joséphine de Beauharnais

Une magnifique collection de 12 bagues aux montures quasi identiques mais toutes serties de pierres différentes est présentée dans un des salons de l’exposition. Soucieux de maîtriser ses dépenses, Napoléon interdit que ses fournisseurs, dont les Nitot, ne viennent la voir plus d’une fois par semaine. Il paie également par lui-même plusieurs de ses dettes. La réputation des joailliers est acquise et ce seront bientôt toutes les têtes couronnées d’Europe qui lui demanderont ses services. Si Napoléon n’a pas finalisé son rêve d’unifier l’Europe militairement et bureaucratiquement, le joaillier Nitot l’aura fait par une adhésion totale à son talent.

Douze bagues Joséphine ,
Or blanc, or rose, platine, diamants, citrine, rhodolite, quartz rose, grenat, améthyste, péridot, perles –
Paris, collection contemporaine Chaumet

Le second point qui a retenu notre attention est justement une question de style. Marie-Etienne Nitot se définit comme un joaillier naturaliste. Il utilise ce terme dans sa signature.

A défaut de présenter beaucoup de bijoux comme nous avons pu le voir au cours d’expositions comme celles de Van Cleef ou Cartier par le passé (ce que l’on comprend puisque les bijoux ont plus de 200 ans), la maison Chaumet présente énormément de dessins d’ébauche et de maquettes de tiares. C’est assez pour identifier le style Nitot inspiré par la nature. Les motifs végétaux sont nombreux avec des épis de blé, des roses, des bouquets de fleurs, des feuilles de chêne et de laurier évidemment, symbole impérial par excellence.

Étude pour un diadème, Nitot et fils, Graphite, aquarelle jaune et crayon bleu , papier vergé
Paris Collection Chaumet
Diadème épis de blé, François-Regnault Nitot vers 1811, Or Argent et diamants
Paris, Collection Chaumet
Diadème épis de blé dit « Crèvecoeur » transformable en devant de corsage
François-Regnault et Joseph Chaumet, 1810 – 1910, Or et diamants


Le troisième et dernier point que nous soulignons découle du précédent puisqu’il s’agit d’une question de style également. Au-delà du thème naturaliste, nous avons pu bien identifier l’omniprésence du thème antique. A cette époque, l’antiquité romaine était très à la mode. Les sites de Pompéi et d’Herculanum ont été découverts quelques années auparavant. En opposition au style Louis XVI de l’Ancien Régime, le style Empire trouve son inspiration dans la période faste de l’Empire romain. Napoléon se sacre par une couronne de laurier tel un empereur romain, les robes des dames sont droites à la taille haute comme on peut les voir dans les mosaïques romaines, les tiares sont portées sur le haut du front et non pas sur le dessus de la tête en mode capétienne. Au-delà de ces symboles évidents, nous avons également noté que les pierres utilisées pour les parures étaient les pierres largement utilisées dans l’antiquité : malachites, agates nicolos, cornalines, micromosaïques, turquoises, émail et perles fines sont majoritaires dans les créations. Les parures de camées sont parfois réalisées avec de véritables camées antiques. Pauline, Reine de Naples et sœur de Napoléon, était bien placée pour fournir le couple impérial en pierres locales !

Parure de micromosaïques attribuée à Nitot vers 1811, Or, perles, émail mosaïques en pâte de verre,
Prague, musée des Arts décoratifs
Diadème bandeau de Caroline Murat attribué à Nitot et FIls, vers 1810,
Or, perles et intailles d’agate nicolo, Mikimoto
Parure d’intailles de l’impératrice Joséphine, François-Regnault Nitot vers 1809,
Or, argent, agate nicolo, perles fines, Paris collections Chaumer
Parure aux camées de malachite de l’impératrice Joséphine, attribuée à Nitot vers 1810,
Or, malachite, perles, écailles de tortue, Paris, Fondation Napoléon
Bracelet aux camées, Or, camées, perles, Françoise Deville Collection

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