Marie-Antoinette – L’affaire du collier

By | 6 novembre 2019

La conciergerie accueille actuellement et jusqu’au 26 janvier 2020 l’exposition Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image. Vous y découvrirez une réplique du célèbre collier, retenu par l’Histoire sous le nom de « L’affaire du collier ». Nous vous proposons de revenir sur l’histoire de cette escroquerie qui jeta un discrédit additionnel sur la Reine Marie-Antoinette, la Cour et la monarchie. L’expression populaire « la goutte d’eau qui fait déborder le vase » convient bien à la situation.

En 1785, une escroquerie est imaginée par une comtesse désargentée, la comtesse de La Motte, descendante d’un bâtard de Henri II, et d’un compagnon d’aventures, le compte de Cagliostro. Le pigeon de l’histoire est le cardinal de Rohan, archevêque de Strasbourg, grand aumônier de France. Il était auparavant ambassadeur de France à Vienne mais sa conduite vulgaire et sulfureuse le fait rappeler en France. Marie-Antoinette le déteste et a même mis en garde sa fille contre lui pour ses actes déplacés et bien connus à la cour. Sa réputation est tombée si bas qu’il est prêt à tout pour se racheter auprès de la Reine. L’intrigante Madame de la Motte connaît la situation, et va se servir de lui. Elle lui fait croire que Marie-Antoinette voudrait acquérir un magnifique collier. Par l’intermédiaire de son ami Cagliostro, le cardinal de Rohan va acheter le collier « au nom de la Reine ». Cagliostro lui montre montre des fausses lettres signées de la Reine « Marie-Antoinette de France » (alors qu’elle ne signe jamais ainsi) mentionnant son désir pour ce collier. Une nuit, il a même un rendez-vous secret dans un bosquet de Versailles pour confirmer l’affaire. Il croit parler avec la Reine alors qu’il se trouve en présence d’une comédienne de rue qui lui murmure langoureusement « Vous pouvez espérer que le passé sera oublié… ». Le cardinal de Rohan achète le collier à crédit en pensant que ce cadeau apaisera la répugnance que lui témoigne la Reine. Il le remet ensuite à un (faux) officier de la Reine, qui est en fait l’amant de la Comtesse de la Motte qui récupère ainsi le collier. Cette dernière fera dessertir le collier et revendra chaque diamant à Londres, lui assurant ainsi un meilleur avenir.

Le cardinal est étonné que Marie-Antoinette ne change pas son comportement envers lui. Il refuse alors de verser les autres échéances de paiement aux bijoutiers Boehmer et Bassange, fabricants du collier. Ces derniers, persuadés que la Reine détient le collier, demandent une audience. Le pot-aux-roses est découvert. Marie-Antoinette est atterrée par cette escroquerie dans laquelle le sulfureux cardinal l’a compromise. Le cardinal est arrêté avec fracas en pleine galerie des Glaces devant toute la Cour. Marie-Antoinette se croit sauvée et pense qu’elle n’aura plus à se soucier de cette affaire.

Hélas, un procès public est organisé et le peuple, déjà très hostile à la Reine, ne la lave pas de tout soupçon. Alors que Marie-Antoinette reprend ses activités de distractions en jouant notamment dans des pièces de théâtre, l’opinion publique s’oppose à elle. L’instruction et les audiences ont eu un énorme retentissement qui s’est retourné contre la Cour et le couple royal. Le 31 mai 1786, le cardinal de Rohan est acquitté par 26 voix contre 22. Libre, le cardinal est fêté dans Paris et des milliers de personnes l’acclament. Les vrais escrocs sont aussi punis. Cagliostro est banni du royaume et Madame de la Motte est fouettée et enfermée à vie à la prison de la Salpêtrière… d’où elle s’évadera rapidement. Ne supportant pas la joie manifestée autour du cardinal, le couple royal exile celui-ci en Auvergne à l’abbaye de la Chaise-Dieu. Ils en firent un martyr et Marie-Antoinette s’en trouve coupable. Cela va marquer le début de son calvaire qui s’achèvera en 1793 de la pire des façons.

Réplique du « collier de la Reine »

Quel est donc ce collier ? Desserti par Madame de la Motte, il n’existe donc plus aujourd’hui mais une réplique a été fabriquée en 1963 par le joaillier Albert Guérin, de la maison Burma, sous la direction de Paulette Laubie. Il s’agissait d’un chef-d’œuvre exceptionnel composé de 540 diamants et d’une valeur de 1 600 000 livres de l’époque. Il avait été fabriqué à l’origine par les joailliers Boehmer et Bassange, étant eux-mêmes en situation financière délicate. Ils avaient besoin de vendre ce collier. Ils l’avaient ainsi déjà proposé à Louis XV pour Madame du Barry, et également à Louis XVI pour Marie-Antoinette. L’histoire raconte qu’elle l’avait refusé « Nous avons plus grand besoin de vaisseaux que d’un collier ».

La Conciergerie en cet automne

Allez donc faire un tour à la Conciergerie pour admirer cette réplique et laissez votre esprit divaguer sur le destin de Marie-Antoinette le long du chemin qui mène à sa triste cellule. Arrivée en France à 14 ans et morte dans sa 38ème année, Marie-Antoinette aura connu 3 ans de « découverte » en tant que Dauphine, 11 années de joie et de frivolité et 10 ans de malheur à partir du premier décès d’un de ses enfants.

Bibliographie :

Le Hameau de la Reine, Le monde rêvé de Marie-Antoinette, Jean des Cars

Marie-Antoinette, Stefan Sweig

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